Analyses

Fintech gestion de patrimoine : 10 acteurs et ce qu'ils changent pour les CGP

Certaines veulent votre client, d'autres vous vendent un logiciel, d'autres fabriquent un produit que vous référencez déjà. Panorama de dix fintechs françaises de la gestion de patrimoine, avec pour chacune ce qu'elle fait vraiment et ce qu'elle change pour un cabinet.

Fintech gestion de patrimoine : 10 acteurs et ce qu'ils changent pour les CGP
Florian Freyssenet
Fondateur et CEO · Next Gen Patrimoine
26 mai 2026
18
min

« Fintech gestion de patrimoine » : l'expression met dans le même sac des sociétés qui n'ont ni le même métier, ni le même statut, ni le même rapport aux conseillers. Certaines veulent votre client. D'autres vous vendent un logiciel. D'autres encore fabriquent un produit que vous référencez déjà dans vos allocations.

Nous avons repris dix acteurs français qui ont levé des fonds ces dernières années et nous sommes allés voir ce qu'ils font réellement : le produit, la tarification affichée, le statut réglementaire. Pas le récit de la levée. Voici, pour chacun, ce qu'il faut en retenir quand on dirige un cabinet.

SociétéMétier réelPosition face au CGP
FinaryAgrégateur devenu distributeurConcurrent
RockFiGestion privée outilléeConcurrent
RamifyBanque privée en ligneConcurrent
GoodvestGestion pilotée climatConcurrent
Yomoni (Althéis)Société de gestion ETFConcurrent devenu fournisseur
WealthcomeLogiciel de cabinetFournisseur
SpikoFonds monétaires tokenisésFournisseur de trésorerie
IrokoSociété de gestion, SCPIProduit à référencer
BricksCrowdfunding immobilierProduit vendu en direct
Green GotÉtablissement de paiementActeur adjacent

Fintech et gestion de patrimoine : quatre familles à ne pas confondre

La ligne de partage n'oppose pas les fintechs aux cabinets. Elle tient à une seule question : qui garde la relation client. Finary, RockFi, Ramify et Goodvest la veulent pour eux. Wealthcome, Althéis et Spiko vous la laissent et vous vendent de l'infrastructure. Iroko fabrique un produit que vous distribuez. Bricks vend en direct à votre client, sans relation du tout.

Un constat désamorce beaucoup de discours : la plupart de ces acteurs ont exactement votre statut réglementaire. Finary, Ramify et RockFi sont immatriculés à l'ORIAS comme conseillers en investissements financiers et courtiers en assurance, comme n'importe quel cabinet indépendant. Leur différence n'est pas juridique, elle est industrielle : moteur d'acquisition, outillage, capacité de recrutement.

Finary : l'agrégateur devenu distributeur

Finary a commencé comme une application d'agrégation de patrimoine : le client connecte ses comptes bancaires, son PEA, ses contrats d'assurance-vie, son immobilier et ses actifs numériques, et obtient une vue consolidée avec l'analyse de son allocation et de ses frais. Le modèle d'origine est l'abonnement, de 54,99 à 349,99 euros par an selon la formule, ce qui la distingue des agrégateurs bancaires gratuits financés par la vente de produits.

Depuis 2025, la société ne se contente plus de mesurer : elle distribue. Finary Life est une assurance-vie assurée par Generali Vie, affichée à 0,50 % de frais de gestion annuels sur les unités de compte, sans frais d'entrée, de versement ni d'arbitrage, accessible dès 150 euros. Finary One va plus loin : une offre de gestion privée avec conseillers humains, ouverte à partir de 250 000 euros et facturée, selon la presse professionnelle, entre 0,5 % et 1 % par an. La société revendique plus d'un million d'utilisateurs inscrits, chiffre non audité. Statut : conseiller en investissements financiers et courtier en assurance, membre de la CNCGP, enregistrée PSAN auprès de l'AMF.

Ce que ça change pour un cabinet. Un client Finary arrive en rendez-vous avec son patrimoine déjà consolidé et une lecture ligne à ligne de ses frais : le bilan patrimonial gratuit perd sa force d'accroche. Sur le segment 250 000 à 1 million d'euros, Finary One devient un concurrent direct. Votre marge de manœuvre tient à ce que l'application ne fait pas : démembrement, holding, transmission, immobilier complexe. La valeur se déplace du reporting vers l'ingénierie.

RockFi : la banque privée sans la banque

RockFi recrute des banquiers privés seniors venus des grandes maisons et leur donne une plateforme technologique interne, plutôt que de vendre un parcours en ligne au client final. La relation reste humaine et dédiée, la technologie industrialise l'agrégation, le reporting et la conformité. L'offre est en architecture ouverte : assurance-vie française et luxembourgeoise, produits structurés, private equity, SCPI, comptes-titres et mandats sur mesure. La société revendique 1,3 milliard d'euros d'actifs conseillés, dix-huit implantations et une centaine de collaborateurs dont environ la moitié d'ingénieurs. Son cofondateur Pierre Marin explique la genèse du projet dans notre entretien vidéo.

Le mouvement le plus significatif date de janvier 2026 : RockFi annonce basculer vers une tarification fixe, connue à l'avance et indépendante des produits recommandés, adossée à des parts de fonds sans rétrocessions. Le barème, lui, n'est pas public. Juridiquement, RockFi est courtier en assurance, conseiller en investissements financiers et courtier en opérations de banque, immatriculé à l'ORIAS et adhérent Anacofi : le statut d'un cabinet indépendant, pas celui d'une banque.

Ce que ça change pour un cabinet. RockFi vous concurrence sur deux marchés à la fois : vos clients et vos recrues, puisqu'il attire les mêmes banquiers privés seniors que vous. Un acteur national qui promet une facturation fixe rend inévitable la question « combien me coûtez-vous, et qui vous paie ? ». Rien dans son statut ne vous est pourtant inaccessible : basculer aux honoraires et aux parts clean shares ne demande aucun agrément supplémentaire, comme le montrent les cabinets de notre annuaire. Ce qui ne se réplique pas seul, c'est l'infrastructure et la couverture multi-villes.

Ramify : le concurrent qui vise exactement votre client

Ramify se présente comme une banque privée en ligne. Sous le capot : une gestion pilotée algorithmique en ETF complétée d'actifs non cotés, et une gamme qui couvre l'assurance-vie, le PER, le PEA, les SCPI, le private equity, les club deals, les produits structurés, l'assurance-vie luxembourgeoise et le crédit lombard, avec des conseillers humains sur les gros portefeuilles. La tarification est dégressive et affichée : 1,4 % par an dès 1 000 euros, 1,2 % au-delà de 100 000 euros, 1 % au-delà du million, sans frais d'entrée ni d'arbitrage.

Le chiffre à retenir n'est pas le nombre de clients, inférieur à 10 000 selon la presse spécialisée, mais le ticket moyen : 300 000 à 400 000 euros. La société est immatriculée à l'ORIAS comme courtier en assurance, mandataire en opérations de banque et conseiller en investissements financiers, adhérente CNCGP, avec un enregistrement PSAN : exactement la configuration réglementaire d'un cabinet de gestion de patrimoine.

Ce que ça change pour un cabinet. C'est le concurrent le plus frontal du panel : même statut, même clientèle, même gamme, jusqu'au contrat luxembourgeois et au crédit lombard. Avec moins de 10 000 clients, la menace en volume reste modeste ; avec un ticket moyen de 350 000 euros, elle est déjà sur le terrain de la gestion privée. Vos clients feront la comparaison tarifaire à votre place : 1,4 % tout compris dès le premier euro.

Goodvest : le climat comme moteur d'acquisition

Goodvest distribue une gestion pilotée en assurance-vie et en PER dont l'allocation est sélectionnée sur des critères environnementaux, avec cinq profils de risque. L'entrée se fait à 300 euros avec versement programmé, ou 1 000 euros en versement libre. Les frais annoncés vont de 1,75 % à 1,95 % par an tout compris, sans frais d'entrée, de sortie ni d'arbitrage. La société a annoncé avoir dépassé 250 millions d'euros d'encours fin 2025, pour environ 19 000 contrats, et vise le milliard en 2027. Elle est certifiée B Corp et entreprise à mission, immatriculée à l'ORIAS comme courtier en assurance et conseiller en investissements financiers.

Ce que ça change pour un cabinet. Regardez le tarif : 1,75 % à 1,95 % tout compris, ce n'est pas moins cher qu'un contrat conseillé par un cabinet. L'argument de Goodvest n'est donc pas le prix, c'est l'alignement extra-financier et l'expérience produit. La leçon est commerciale : la thématique climat s'est révélée un moteur d'acquisition puissant sur une clientèle jeune que peu de cabinets vont chercher, et qui arrivera dans dix ans avec des exigences de transparence sur le contenu réel des portefeuilles.

Yomoni et Althéis : le concurrent devenu fournisseur

Yomoni est le pionnier français de la gestion pilotée en ligne, lancé en 2015 : questionnaire, profil de risque de 1 à 10, mandat investi principalement en ETF dans une assurance-vie, un PEA, un compte-titres ou un PER. La grille tarifaire est affichée sans détour : 0,70 % de frais de gestion Yomoni, 0,60 % au maximum pour l'assureur et 0,30 % au maximum pour les ETF, soit 1,60 % par an tout compris au plus, sans frais d'entrée, de sortie ni d'arbitrage. La société revendique plus de 2 milliards d'euros sous gestion et plus de 80 000 clients. Contrairement à la plupart de ses concurrents, c'est une société de gestion de portefeuille agréée par l'AMF, et non un simple intermédiaire.

Le fait marquant est ailleurs : en 2025, la société de gestion a été rebaptisée Althéis by Yomoni pour porter une offre destinée aux CGP, family offices et multi-family offices. Des mandats ETF accessibles à partir de 500 000 euros, en compte-titres, PEA ou assurance-vie, la marque Yomoni restant réservée aux particuliers. L'ex-concurrent frontal des cabinets se met à les servir.

Ce que ça change pour un cabinet. C'est le retournement le plus intéressant du panel. Yomoni a passé dix ans à imposer un standard de transparence qui sert désormais de référence à tout client informé, puis a ouvert une porte : vous gardez la relation et l'ingénierie, vous sous-traitez la gestion indicielle à une société de gestion agréée. C'est une réponse crédible aux clients qui réclament des ETF à bas coût sans monter votre propre offre. Deux limites : le ticket de 500 000 euros par mandat exclut la clientèle intermédiaire, et externaliser l'allocation réduit mécaniquement la part de valeur que vous captez.

Wealthcome : le logiciel qui tient le cabinet

Wealthcome est le seul acteur du panel dont le client est le professionnel et non l'épargnant. L'éditeur, fondé en 2022 près de Bordeaux par Cyprien Delmeule, ne distribue aucun produit financier et n'a donc aucun statut d'intermédiaire : c'est un pur fournisseur de logiciel. Sa plateforme WealthPro couvre l'agrégation patrimoniale, le CRM et l'automatisation des obligations réglementaires (document d'entrée en relation, lettre de mission, adéquation, KYC). Autour gravitent une application client, une bibliothèque de simulateurs d'ingénierie patrimoniale et un module de gestion de portefeuilles. Le modèle est un abonnement mensuel par siège utilisateur.

La société communique 700 entités équipées, plus de 4 500 utilisateurs professionnels et 55 milliards d'euros d'encours agrégés : des chiffres déclaratifs, non audités, et il s'agit d'encours agrégés, pas gérés. Sur les tarifs, seuls certains modules sont publics, à partir de 99 euros par mois et par siège pour la gestion de portefeuilles ; le prix de la plateforme principale se négocie sur devis.

Ce que ça change pour un cabinet. Le logiciel de gestion patrimoniale est le socle du cabinet et le changer coûte cher : c'est un choix structurant, pas un achat d'outil. Il agit sur les deux postes qui pèsent le plus sur votre rentabilité, le temps administratif et la capacité à facturer du conseil. Raisonnez en coût complet par siège et par an, face au temps réellement récupéré. Et sachez que donner à vos clients une application de suivi augmente la valeur perçue autant qu'elle vous expose à une transparence permanente sur les performances et les frais. Le vrai critère de choix entre solutions reste la couverture réelle du périmètre d'agrégation sur vos partenaires. Transparence : Wealthcome est partenaire de Next Gen Patrimoine ; cette fiche suit la même méthode que les neuf autres. Nous avons détaillé ces sujets d'outillage et de conformité dans notre analyse sur l'IA, les données consolidées et le RGPD, et le comparatif complet est dans CGP Stack.

Spiko : la trésorerie que les cabinets traitent mal

Spiko émet des fonds monétaires investis en bons du Trésor de la zone euro, du Royaume-Uni ou des États-Unis, dont les parts sont inscrites sur blockchain publique. Il faut lire cette phrase dans le bon ordre : l'enveloppe juridique reste un OPCVM conforme UCITS, avec CACEIS comme dépositaire et une gestion déléguée à des sociétés de gestion tierces, dont Amundi sur un fonds lancé en 2026. La blockchain n'est ici qu'un registre : elle permet une souscription et un rachat en continu, sans les délais habituels de règlement. Les frais affichés sont de 0,25 % par an sur les fonds euro et dollar, sans commission de souscription ni de rachat. La clientèle visée est d'abord la trésorerie d'entreprise, et Bpifrance a souscrit sur sa propre trésorerie en 2025.

Ce que ça change pour un cabinet. Voilà une brique sur un besoin que les CGP traitent mal : la trésorerie de vos clients dirigeants et de leurs holdings, le produit de cession en attente de réemploi, le compte courant d'associé. Face au compte à terme bancaire, un fonds monétaire régulé à 0,25 % avec liquidité continue est un argument concret. Deux réserves à connaître avant d'en parler : l'accès se fait sur la plateforme de Spiko et non dans une assurance-vie ou un compte-titres classique, et l'usage reste dominé par les entreprises plutôt que par l'épargne des particuliers.

Iroko : la SCPI qui a supprimé les frais d'entrée

Iroko est, avec Yomoni, la seule société de gestion agréée par l'AMF du panel. Sa SCPI Iroko Zen, lancée fin 2020, est une SCPI de rendement diversifiée et largement investie hors de France. Son positionnement de rupture tient en un chiffre : zéro frais de souscription, là où le marché prélève traditionnellement 8 à 12 % à l'entrée. La contrepartie est double : des frais de gestion annuels supérieurs à la moyenne et une pénalité de sortie anticipée. Le taux de distribution 2025 ressort à 7,14 % brut, soit environ 6,04 % net de fiscalité étrangère, une distinction qui compte pour un conseiller. La capitalisation dépasse 1,6 milliard d'euros à mi-2026, avec plus de 30 000 associés et plus de 1 200 CGP partenaires.

Un point de vigilance calendaire : la durée de détention minimale, jusqu'ici de trois ans, passe à six ans pour les parts émises à compter du 1er septembre 2026, avec une pénalité de 6 % TTC en cas de sortie anticipée.

Ce que ça change pour un cabinet. Le modèle sans frais d'entrée a une conséquence rarement dite : il n'y a pas de commission de souscription à partager, donc votre rémunération ne peut venir que du rétrocédé sur les frais de gestion, étalé dans le temps. C'est un revenu récurrent au lieu d'un revenu immédiat : mieux aligné avec le client, plus exigeant pour votre trésorerie. Second point, opérationnel : l'allongement de la durée minimale à six ans modifie le profil de liquidité du produit et doit apparaître noir sur blanc dans votre rapport d'adéquation.

Bricks : le produit que vos clients ont déjà acheté

Bricks est une plateforme de financement participatif immobilier. L'investisseur souscrit des obligations émises par une société de projet portant une opération immobilière, sur 6 à 36 mois, avec un taux fixe annoncé à l'avance et un ticket d'entrée à 10 euros. Ce n'est ni de l'immobilier fractionné ni de la pierre-papier : le souscripteur est créancier, pas propriétaire, et son capital n'est pas garanti. La plateforme est gratuite pour l'investisseur et se rémunère auprès des porteurs de projet. Elle est agréée prestataire de services de financement participatif par l'AMF depuis 2023, après avoir dû abandonner son modèle initial en royalties à la suite d'une mise en garde du régulateur fin 2022.

Ses statistiques publiques, à jour de juillet 2026, méritent une lecture attentive : 324 millions d'euros financés sur 297 projets, un taux annuel moyen pondéré de 9,94 %, mais aussi un taux de défaut de 4,71 %, 35 projets en retard d'intérêts et 14 dossiers en procédure judiciaire, pour aucune perte définitivement constatée à ce stade. Sachant que 80 % du capital reste à rembourser, le portefeuille est trop jeune pour juger de sa performance finale.

Ce que ça change pour un cabinet. Bricks n'est pas un concurrent, c'est une conversation à tenir : beaucoup de clients arrivent avec des positions déjà prises, souscrites en direct sur mobile, attirés par un taux à deux chiffres. Votre valeur est de replacer le produit dans une allocation, en poche satellite et jamais en épargne de précaution, d'expliquer la fiscalité des revenus de créance, et surtout de lire les indicateurs de risque plutôt que le rendement affiché. À porter au crédit de la plateforme : elle publie sa sinistralité, ce que ne font pas tous les acteurs du crowdfunding.

Green Got : la remontée du compte courant vers l'épargne

Green Got est un établissement de paiement agréé par l'ACPR, dont l'agrément est devenu définitif début 2026. Il propose un compte de paiement avec IBAN français et carte bancaire, facturé par abonnement à partir de 6,90 euros par mois, un modèle rare en France pour un compte courant. Il ne peut ni accorder de crédit ni autoriser de découvert : ce n'est pas une banque au sens plein. Depuis 2024, la société a élargi son offre à l'assurance-vie et au PER, et affiche une centaine de millions d'euros d'encours d'épargne. Sa promesse est l'exclusion des financements fossiles.

Ce que ça change pour un cabinet. Aucune concurrence directe sur le conseil patrimonial, mais deux signaux à ne pas manquer. Le premier : celui qui détient le compte courant et la relation quotidienne d'un client de trente ans est idéalement placé pour lui vendre son premier contrat d'assurance-vie, position qu'un cabinet n'a jamais. Le second : une clientèle accepte de payer 6,90 à 12,90 euros par mois pour un service financier lisible et aligné sur ses valeurs. C'est un argument de plus dans le débat sur la facturation du conseil patrimonial.

Ce que ces dix trajectoires disent du métier

La lisibilité tarifaire est devenue le terrain de jeu commun. 0,50 % sur les unités de compte chez Finary, 1,60 % tout compris chez Yomoni, 0,25 % chez Spiko, tarification fixe et clean shares chez RockFi, zéro frais d'entrée chez Iroko et gratuité côté investisseur chez Bricks : toutes affichent un chiffre unique en façade. La question posée à votre cabinet n'est plus « êtes-vous cher ? » mais « pouvez-vous énoncer votre prix en une phrase ? ».

Les positions bougent vite. Yomoni est passé de concurrent à fournisseur, Finary d'outil de mesure à distributeur puis à gestionnaire privé, Bricks a changé de modèle juridique sous la pression du régulateur. Un panorama écrit il y a dix-huit mois serait déjà faux sur trois dossiers.

Les ordres de grandeur relativisent le discours de disruption. Ramify sert moins de 10 000 clients, Goodvest gère 250 millions d'euros. Rapportés aux encours de la profession, ces volumes restent modestes. Mais Ramify affiche un ticket moyen de 350 000 euros et RockFi revendique 1,3 milliard d'actifs conseillés : la concurrence ne se joue pas sur le nombre de clients, elle se joue sur le segment.

Dernier réflexe de lecture : à l'exception des sociétés de gestion agréées, qui publient des documents réglementaires vérifiables, la quasi-totalité des chiffres cités par ces acteurs sont auto-déclarés et parfois contradictoires d'une source à l'autre. Les blogs qui les recopient sont souvent rémunérés par ces mêmes sociétés. Traitez un nombre d'utilisateurs comme un argument commercial, pas comme une donnée de marché.

Questions fréquentes sur les fintechs de la gestion de patrimoine

Qu'est-ce qu'une fintech de la gestion de patrimoine ?

C'est une société qui utilise la technologie pour distribuer, gérer ou outiller l'épargne. Le terme recouvre quatre réalités très différentes : des concurrents directs des cabinets qui captent la relation client (Finary, RockFi, Ramify, Goodvest), des fournisseurs d'infrastructure pour les professionnels (Wealthcome, Althéis, Spiko), des producteurs de placements que les conseillers distribuent (Iroko), et des acteurs adjacents comme les néobanques qui remontent du compte courant vers l'épargne (Green Got).

Les fintechs menacent-elles les conseillers en gestion de patrimoine ?

Sur le conseil patrimonial complexe, non : aucune de ces plateformes ne fait de démembrement, de structuration de holding ni de transmission. Sur la sélection de supports, le reporting et la tarification, oui : elles ont imposé un standard de transparence et des frais lisibles. La pression réelle porte moins sur le métier que sur le modèle économique et la capacité d'acquisition.

Ces fintechs ont-elles le même statut réglementaire qu'un CGP ?

Souvent oui. Finary, Ramify et RockFi sont immatriculés à l'ORIAS comme conseillers en investissements financiers et courtiers en assurance, exactement comme un cabinet indépendant. Yomoni, via Althéis, et Iroko sont des sociétés de gestion agréées par l'AMF, un statut plus lourd. Spiko est une entreprise d'investissement, Green Got un établissement de paiement, Bricks un prestataire de services de financement participatif, et Wealthcome un simple éditeur de logiciel sans statut d'intermédiaire.

Quelles fintechs un cabinet de CGP peut-il utiliser plutôt que subir ?

Trois profils sont directement exploitables : les éditeurs de logiciels de gestion de cabinet, les sociétés de gestion qui ouvrent une offre de mandats aux conseillers, et les producteurs de placements référençables comme les SCPI sans frais d'entrée ou les fonds monétaires pour la trésorerie des clients dirigeants. Le comparatif des solutions réellement utilisées par la profession est dans CGP Stack.

Ce qu'il faut retenir

Une fintech de la gestion de patrimoine n'est pas une catégorie, c'est quatre métiers distincts. Avant de vous positionner, posez-vous la seule question qui compte : cet acteur veut-il ma relation client, ou veut-il me la rendre plus rentable ? Les concurrents s'affrontent sur le prix affiché et l'expérience ; les fournisseurs se jugent sur le temps qu'ils vous font gagner ; les producteurs se sélectionnent sur la qualité du sous-jacent et le modèle de rémunération qu'ils vous imposent. Le reste, y compris le montant des levées de fonds, ne dit presque rien de ce qui va changer dans votre cabinet.

Florian Freyssenet
Florian Freyssenet
Fondateur et CEO · Next Gen Patrimoine

Florian Freyssenet est le fondateur de Next Gen Patrimoine , média et communauté indépendante qui réunit conseillers en gestion de patrimoine, banquiers privés et family offices de la nouvelle génération : une newsletter suivie par plus de 8 500 professionnels, des entretiens vidéo, des lives hebdomadaires et un événement annuel…

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