1 septembre 2026 · 45:45

Il a quitté Goldman Sachs pour gérer votre argent autrement : la méthode « quant » d'Olivier Herbout

Olivier Herbout, cofondateur de Ramify, applique au conseil patrimonial les méthodes quantitatives qu'il pratiquait chez Goldman Sachs Asset Management. Il détaille sa structure de coûts, explique comment une seule personne au back-middle opère 9 000 clients, et dit précisément où il refuse d'automatiser. Un entretien pour tout dirigeant de cabinet qui se demande quoi confier à la machine, et ce qui doit rester humain.

De Goldman Sachs au conseil patrimonial français

Centrale Paris, master d'ingénierie financière à Berkeley, puis gérant de portefeuille chez Goldman Sachs Asset Management à New York, au sein de l'équipe Quantitative Investment Strategy : 45 gérants, 165 milliards de dollars sous gestion. Olivier Herbout rentre en France en 2020 et fonde Ramify avec Samy Ouardini, puis Valère Capital en 2025.

Son constat de départ est simple : les outils quantitatifs qui structurent la gestion institutionnelle n'ont jamais vraiment atteint le conseil patrimonial de détail. Non par manque de pertinence, mais par manque d'ingénieurs pour les construire.

Ce qu'est vraiment l'investissement quantitatif

Premier malentendu à lever : le « quant » n'est pas du trading haute fréquence. Il s'agit de règles d'allocation systématiques, définies à l'avance, qui réagissent à des signaux de marché sans arbitrage émotionnel.

L'exemple qu'il donne est parlant : au déclenchement de la guerre en Ukraine, l'algorithme s'est désinvesti avant que la décision humaine n'ait été prise. Non par prescience, mais parce que les signaux de volatilité franchissaient des seuils prédéfinis.

Une structure de coûts qui change l'équation

Ramify emploie aujourd'hui 30 collaborateurs, dont 22 en technologie, pour 9 000 clients et environ un million d'euros collectés par jour. Le chiffre qui interpelle le plus les dirigeants de cabinet : une seule personne au back-middle office.

C'est là que se joue la réponse à la question des frais. Des frais bas et un service premium ne sont pas contradictoires quand la structure de coûts est légère : ce que le cabinet ne dépense pas en saisie administrative, il peut le rendre au client ou le réinvestir dans le conseil.

Pour un cabinet traditionnel, la leçon n'est pas de copier le modèle, mais d'identifier quelles tâches consomment du temps facturable sans créer de valeur pour le client.

Où s'arrête l'algorithme, où commence le conseiller

Interrogé sur le moment où une intelligence artificielle deviendra meilleure qu'un conseiller, Olivier Herbout déplace la question. Le verrou n'est pas technique, il est juridique : la responsabilité du conseil ne peut pas être portée par une machine, et le marché n'est pas prêt à l'accepter.

Sa ligne de partage est nette. L'automatisation prend l'allocation, le reporting, la conformité, la saisie. Le conseiller garde la relation, l'arbitrage patrimonial complexe, et tout ce qui engage une responsabilité.

Il formule la conséquence sans détour : « faire du sur-mesure sans la tech, c'est une faute stratégique énorme ». Opposer personnalisation et technologie serait selon lui l'erreur d'analyse des acteurs traditionnels, alors que la seconde est ce qui rend la première industrialisable.

Le « no man's land » de la banque privée

Le cœur de cible de Ramify va de 100 000 à 10 millions d'euros d'encours. C'est précisément la zone où Olivier Herbout identifie un angle mort : des clients de banque privée qui se croient accompagnés et ne le sont pas réellement, faute d'un temps de conseiller suffisant à leur niveau d'encours.

Pour un CGP indépendant, c'est autant un diagnostic concurrentiel qu'une opportunité commerciale.

Ce que retenir pour votre cabinet

  • Mesurez d'abord le temps réellement passé en saisie administrative : c'est le gisement d'automatisation le plus rentable.
  • Une stratégie systématique n'est pas une boîte noire : elle exige des règles explicites, documentées et opposables.
  • La responsabilité juridique reste le frein structurel à l'automatisation du conseil, pas la performance des modèles.
  • Les clients entre 100 000 et 10 millions d'euros mal servis par la banque privée constituent une cible identifiable.