Rejoindre un réseau de CGP ou rester indépendant : ce que disent 5 dirigeants
38 % des CGP-CIF appartiennent à un groupement en 2026, contre 25 % en 2024. Les dirigeants de Metacif, Uptimi, Evolve, RockFi et Nexinance détaillent leurs modèles économiques, chiffres à l'appui.

38 % des CGP-CIF appartiennent à un groupement en 2026, contre 25 % en 2024. Le chiffre, posé par Florian Freyssenet en ouverture, résume un marché qui se structure à grande vitesse. Pour comprendre ce qui pousse des indépendants à rejoindre un collectif, Next Gen Patrimoine a réuni cinq dirigeants de réseaux : Jérémy Barray (Metacif), Pierric Aupoil (Uptimi), Amaury Dufresnoy (Evolve), Pierre Marin (RockFi) et Christophe Bauquet (Nexinance).
Dix minutes chacun, façon speed dating professionnel. Cinq modèles très différents en sont sortis. Les membres peuvent revoir le replay du live.
Un marché qui pousse au regroupement
Le marché des CGP croît de plus de 5 % par an et 67 % des cabinets déclarent une hausse du nombre de clients. Mais la concentration s'accélère : Crystal approche les 28 milliards d'euros d'encours, Astoria et Premium dépassent chacun les 10 milliards, pendant que 90 % des cabinets comptent moins de cinq salariés.
Pour les petites structures, le réseau répond à cinq besoins : un référencement mutualisé auprès des fournisseurs, un accompagnement conformité, des outils négociés ou construits en commun, une marque, et l'échange entre pairs pour casser la solitude de l'entrepreneur.
À appliquer : avant de comparer les réseaux, listez ce que vous savez faire seul et ce qui vous coûte du temps (conformité, outils, prospection). C'est ce diagnostic qui doit guider votre choix, pas la notoriété d'une marque.
Cinq modèles économiques, cinq réponses sur la rémunération
Metacif fonctionne en collectif : un back-office centralisé, une transparence totale sur les conventions signées et une répartition de la marge devenue dégressive. Jérémy Barray affirme que les membres venus d'autres modèles ont quasiment tous doublé leur rémunération, malgré la part conservée par le collectif. Lui-même ne se rémunère pas dessus : il vit de son cabinet.
Nexinance a plafonné son partage de commissions : au-delà d'un certain chiffre d'affaires, tout revient au cabinet. Christophe Bauquet assume : quand un CGP génère 200 000 à 400 000 euros, continuer à prélever un pourcentage n'a plus de sens par rapport au service rendu. Les honoraires, eux, restent à 100 % chez le conseiller.
Evolve laisse choisir, affaire par affaire, entre une rémunération linéaire classique et un escompte : le réseau se porte garant de quatre années de commissions versées d'un coup. De quoi lever le frein du banquier privé qui croit devoir attendre 30 ou 40 millions d'encours avant de retrouver son salaire.
RockFi a supprimé les rétrocommissions, jugées incompatibles avec un conseil objectif, et salarie sa structure grâce à plusieurs levées de fonds. Uptimi mise sur la mutualisation de l'offre et des outils pour rendre chaque cabinet rentable plus vite.
À tester : demandez à chaque réseau sa grille exacte de partage de la marge, sa dégressivité et ce qu'il advient de vos honoraires. La transparence sur ce point est un excellent révélateur de culture.
La propriété de la clientèle, ligne rouge commune
Le sujet revient dans presque tous les pitchs. Chez Metacif, chacun reste chez soi et propriétaire de ses clients. Chez Evolve, les conseillers signent en leur nom et se valorisent dans le temps avec leur portefeuille. Nexinance ne prend aucune participation dans les cabinets, laisse chaque membre communiquer sous sa propre marque et signer ses conventions partenaires, en semi-exclusivité : un partenaire absent du catalogue reste accessible sur demande.
La leçon est claire : le modèle mandataire pur, où le portefeuille appartient à la tête de réseau, n'est plus l'argument de vente. Tous se positionnent contre.
Remplir son agenda, le vrai juge de paix
Amaury Dufresnoy en a fait le pilier d'Evolve : chaque conseiller reçoit tous les mois une base de 300 prospects qualifiés dans sa cible, obtenue par scraping, avec une méthode d'appel. Résultat annoncé : un bilan patrimonial par jour en moyenne, 100 % des CGP qui accompagnent un client dès le premier mois, et un chiffre d'affaires moyen d'environ 200 000 euros dès la deuxième année, dans une fourchette de 100 000 à 700 000 euros.
Christophe Bauquet ne dit pas autre chose : Nexinance demande à ses membres de s'engager moralement à remplir leur agenda et a monté un partenariat de formation commerciale pour ceux qui démarrent. Florian Freyssenet enfonce le clou : les deux premières années, le seul vrai métier d'un cabinet qui se lance, c'est le commercial.
À appliquer : jugez un réseau sur sa capacité à générer des rendez-vous, pas seulement sur son catalogue produits. Demandez des chiffres : CA moyen par cohorte, délai avant le premier client, taux d'échec.
À chaque profil son réseau
Metacif attire des professionnels expérimentés, plus de 80 % ont déjà exercé le métier, et de plus en plus d'experts-comptables qui créent une cellule de conseil en investissement dans leur structure. Uptimi, passé de 3 à 160 personnes en trois ans, accueille aussi bien des jeunes lancés que des CGP installés, et fait cohabiter profils CIF-COA et conseillers venus de l'immobilier.
Evolve cible les banquiers privés et CGP salariés qui veulent entreprendre, avec seulement trois reconversions dans tout le réseau. RockFi est encore plus radical : 64 de ses 65 conseillers viennent de banques privées, avec 20 ans d'expérience en moyenne, une collecte minimale de 5 millions d'euros par an (10 millions en moyenne) et des clients au ticket moyen de 500 000 euros. Nexinance, enfin, recrute surtout des membres déçus d'autres groupements, et commence à accueillir des jeunes qui démarrent.
Ce qu'il faut retenir
Le regroupement n'est plus une niche : 38 % des CGP-CIF ont franchi le pas, et la pression réglementaire comme la concentration du marché continueront d'alimenter le mouvement. Rejoindre un réseau ne signifie plus renoncer à l'indépendance : propriété de la clientèle, marque propre et liberté commerciale sont devenues des standards. Les vraies différences se jouent ailleurs : partage de la marge et son plafonnement, présence ou non de rétrocommissions, génération de rendez-vous, profils des autres membres. Le bon réflexe n'est pas de chercher le meilleur réseau, mais celui qui correspond à votre profil, à votre niveau de maturité et à vos faiblesses assumées.
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