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Private equity evergreen : la grille pour évaluer un fonds avant de souscrire

Six filtres de sélection côté distributeur, mécanique interne côté gérant : Philippe Moussaud (Bonjour Patrimoine) et Olivier Herbout (Valhyr Capital) détaillent comment noter un fonds de private equity evergreen. Liquidité réelle, performances affichées, frais : la grille complète.

Private equity evergreen : la grille pour évaluer un fonds avant de souscrire
Florian Freyssenet
Fondateur et CEO
30 juin 2026
5
min

123 fonds evergreen lancés en 2025. Une quarantaine d'ELTIF approuvés depuis 2024. Et 18 points d'écart de performance sur un an entre le meilleur et le pire. Reste donc à savoir noter chaque fonds qui se présente : c'était l'objet du live Next Gen Patrimoine du 23 juin.

Deux regards complémentaires. Philippe Moussaud, managing partner de Bonjour Patrimoine et co-gérant de CGP ONE, parle en distributeur. Olivier Herbout, président de Valhyr Capital et ancien gérant alternatif chez Goldman Sachs Asset Management, gère lui-même un evergreen, le X Fund.

Moins de 1 % des portefeuilles des particuliers français sont investis en private equity, contre environ 20 % aux États-Unis. Pour arbitrer entre evergreen et fonds fermés selon le profil du client, relisez notre analyse evergreen ou fonds fermés. Ici, l'angle est autre : une fois le format retenu, comment noter un fonds précis ?

Six filtres avant d'ouvrir le dossier commercial

Chez Bonjour Patrimoine, Philippe Moussaud passe chaque fonds par six filtres : le gérant et son track record ; l'architecture du véhicule (fonds de fonds, co-investissement, direct ou secondaire) ; la liquidité, c'est-à-dire gates, préavis et poche de cash ; les frais ; la valorisation, qui calcule la NAV et avec quelle indépendance ; la diversification par secteur, géographie et millésime. Plus un filtre bonus, plus métier que produit : l'adéquation client.

Ses red flags : un fonds lancé en 2025, à la performance parfois simulée, et un gérant sans historique evergreen. Son green flag : une maison institutionnelle qui réplique en evergreen une stratégie déjà éprouvée.

À appliquer : éliminez d'abord sur les deux critères qui ne se rattrapent jamais, le gérant et la liquidité. Les frais se négocient, l'expérience de gestion non.

Liquidité trimestrielle : lire les conditions, pas la promesse

Le standard de marché décrit par Olivier Herbout : un gate autour de 5 % de l'encours par trimestre, un préavis de 30 à 90 jours. La sortie est probable, jamais garantie : un rachat peut attendre deux, trois ou quatre trimestres.

Côté structure, la poche liquide pèse 15 à 20 % du fonds selon Philippe Moussaud, le prix du confort ; l'allocation en actifs privés oscille entre 70 et 90 % selon Olivier Herbout. Trop de cash détruit la performance : 12 % annualisés sur la sélection avec 50 % de trésorerie deviennent 6 % délivrés. Pas assez, et le fonds bradera ses meilleurs actifs au premier stress.

Les gates protègent les porteurs restants : si 7 % de l'encours veut sortir quand le fonds tolère 5 %, les 2 % frustrés attendront un trimestre, mais les 93 % restants évitent une vente à la casse. Un fonds sans gate serait le vrai signal inquiétant. Quant aux préavis très courts, 3 jours sur le X Fund, ils coupent dans les deux sens : sortie facilitée, porteurs restants exposés.

À tester : trois questions au gérant. Quel gate ? Quel préavis ? Qui a déjà géré la liquidité d'un fonds, coté ou non ? Le X Fund n'a jamais activé son gate, mais n'a qu'un an et demi : sur un fonds jeune, seule la troisième question départage.

7 à 10 % affichés : ce que les chiffres disent vraiment

Un evergreen communique en espérance de performance annualisée nette de frais : 7 à 10 % pour le X Fund, part avec rétrocommissions comprise. Un fonds fermé communique en TRI. Ça ne se compare pas directement : un TRI de 26 %, retraité du rythme réel d'appels et de distributions, équivaut à environ 10 % annualisés. Promettre 26 % à un client qui comprend de l'annualisé prépare un retour de bâton.

Piège symétrique : la plupart des fonds lancés en 2025 n'ont pas de track record et certaines performances sont simulées. Remontez alors aux sous-jacents : leurs millésimes ont 20 ou 30 ans d'historique, c'est là que se lit la qualité.

À appliquer : ramenez tout en annualisé net, puis demandez la part réellement investie en actifs privés.

Frais réels : la note se lit sur quatre lignes

Ces véhicules sont essentiellement des fonds de fonds. La grille d'Olivier Herbout : des sous-jacents en parts institutionnelles, autour de 0,7 à 0,8 %, sinon la note est salée ; des management fees en clean share autour de 1 % ; 1,8 % tout compris avec une part rétrocommissionnée, sous les moyennes constatées par l'AMF.

Deux red flags : un carried interest sur fonds de fonds, un carry sur le carry payé deux fois, justifiable seulement sur la poche de co-investissement ; et des frais de transaction, sans objet ici.

Le miroir des frais, c'est l'alignement : un gérant payé sur l'encours plutôt qu'au carry, investi significativement dans son propre fonds, avec une équipe stable et une succession préparée. Une équipe qui tourne tous les deux ans annule le track record affiché.

Comparer deux fonds : regarder le service rendu

À frais équivalents, le service diffère : un fermé fait 4 à 5 investissements au départ puis vit dessus dix ans, souvent onze ou douze avec extensions. L'evergreen investit en continu, 4 à 8 nouveaux fonds par an chez Valhyr Capital, garde une exposition stable et empile les millésimes, ce qui gomme la courbe en J. Méfiez-vous d'une liste de sous-jacents qui n'aligne que des grands noms : la valeur d'un sélectionneur se voit aussi sur les fonds spécialisés que personne ne connaît encore, comme Anthropic il y a trois ans. Dernier point, l'accessibilité : le X Fund est référencé en assurance vie française dès 1 000 euros (Generali, Intencial), et dès 20 000 euros en direct ou au Luxembourg.

Reste le filtre final de Philippe Moussaud : l'adéquation. La poche non cotée pèse 5 à 15 % maximum d'un patrimoine financier déjà structuré. Cibles : l'investisseur de long terme en quête de décorrélation, le dirigeant qui vient de céder. À écarter : l'épargne de précaution et le client séduit par un post LinkedIn à 10 %, celui qui sortira au pire moment. L'intégralité des échanges est dans le replay du live (accès membres).

Ce qu'il faut retenir

Six filtres : gérant, architecture, liquidité, frais, valorisation, diversification. Une liquidité conditionnelle : gate de 5 % par trimestre, préavis de 30 à 90 jours, poche de cash de 15 à 20 %, protection et non défaut. Des comparaisons entre annualisés nets, jamais un TRI contre un objectif annualisé. Des frais visés à 1 % de management fees en clean share, sans carry sur fonds de fonds. Et face aux 123 fonds nés en 2025 sans track record, jugez l'équipe et les sous-jacents, pas la plaquette.

Florian Freyssenet
Florian Freyssenet
Fondateur et CEO

Florian Freyssenet est le fondateur de Next Gen Patrimoine , média et communauté indépendante qui réunit conseillers en gestion de patrimoine, banquiers privés et family offices de la nouvelle génération. Autour du média, il anime une newsletter suivie par plus de 8 500 professionnels du patrimoine, une série d'entretiens vidéo avec les acteurs du secteur, et un événement annuel à Paris qui rassemble plus de 200 professionnels et une trentaine d'experts sur scène.

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