Fonds evergreen ou fonds fermés : pour quel client et quel horizon ?
Olivier Herbout (Valhyr Capital) et Arnaud Perrier (Inkipit Finance) ont confronté leurs regards d'opérateur et de multi-family office sur les fonds evergreen. Performance réelle, liquidité, tickets et sélection : la grille de lecture complète.

Fonds fermés d'un côté, véhicules evergreen de l'autre : le live Next Gen Patrimoine du 31 mars a organisé le match. Deux regards complémentaires au micro. Olivier Herbout, président de Valhyr Capital, cofondateur de Ramify et ancien gérant chez Goldman Sachs Asset Management à New York, défend le point de vue de l'opérateur. Arnaud Perrier, cofondateur du multi-family office Inkipit Finance, parle en allocataire : il investit sur ces véhicules pour ses clients depuis 2019.
Le sujet n'a rien d'anecdotique. Une centaine de nouveaux fonds evergreen se lancent chaque année dans le monde, et les études citées en ouverture du live leur promettent 60 à 90 % des investissements en actifs privés d'ici 2030, soit 500 à 800 milliards d'euros. La loi Industrie verte pousse déjà le non coté dans l'assurance vie, un marché français de 2 000 milliards d'euros.
Produit financier contre solution patrimoniale
Pour Olivier Herbout, la vraie frontière n'est pas la performance. Le fonds fermé est un produit financier, l'evergreen une solution patrimoniale. Le fonds fermé garde toute sa pertinence, il reste d'ailleurs la brique sous-jacente des evergreen. Mais pour un client patrimonial, entre 100 000 et 4 millions d'euros à placer, il pose deux problèmes très concrets : la gestion des appels de fonds et une expérience d'investissement que le client ne comprend pas.
Son image : le fonds fermé est une baignoire qui se remplit puis se vide. L'exposition démarre vers 20 %, monte jusqu'à 80 %, puis redescend sous 10 % en fin de vie. Un evergreen est investi à 85 % dès le premier jour, de façon stable dans le temps. L'allocation cible construite pour le client est réellement en place, tout de suite.
TRI contre performance annualisée : le piège des 26 %
Le TRI mesure la performance du capital réellement appelé, pas du capital engagé. Si 20 000 euros ont été appelés sur un engagement de 100 000, les 80 000 restants dorment sur un compte à terme : c'est le cash drag. Résultat, un fonds fermé qui affiche 26 % de TRI délivre autour de 10 % en performance annualisée réelle. Très bon niveau, comparable à un ETF S&P 500, mais très loin de la promesse perçue par le client.
Arnaud Perrier confirme depuis le terrain : ses clients ne vivent pas avec du TRI, ils vivent avec des multiples. Le X Fund de Valhyr affiche pour sa part un objectif de 7 à 10 % annualisés, à comparer directement avec les autres classes d'actifs.
À appliquer : ramenez tout en performance annualisée espérée. Un TRI de fonds fermé et un objectif annualisé d'evergreen ne se comparent jamais sans retraiter le cash drag.
Semi-liquide, voire « parfois totalement illiquide »
Un evergreen n'est pas liquide. Olivier Herbout préfère même « semi-illiquide » : une poche liquide d'environ 15 %, des rachats possibles à hauteur de 20 à 25 % de la taille du fonds par an, servis par fenêtres trimestrielles ou hebdomadaires. Et des gates si les rachats s'emballent.
Arnaud Perrier cite un grand gérant anglo-saxon : il faudrait parler de fonds « parfois totalement illiquides ». Liquides quand tout va bien, fermés quand ça se complique. D'où son insistance sur l'analyse du passif : taille du fonds, stabilité de la collecte, typologie des porteurs. Un fonds levé auprès d'une clientèle retail mal préparée s'expose au réflexe premier sorti, premier servi.
À appliquer : expliquez le scénario de gate avant la souscription, jamais après. Le client doit signer en connaissant le pire cas de liquidité.
Quel client, quel ticket, quel horizon
Le format ELTIF 2 change l'accès : le ticket passe de 100 000 euros à 20 000 euros en direct, et à 1 000 euros via l'assurance vie pour les fonds référencés, comme le X Fund chez Apicil et Generali.
La dose recommandée par Olivier Herbout reste prudente : entre 0 et 20 % du patrimoine, « et le 0 est parfois une bonne réponse ». Côté Inkipit, les clients ne demandent presque jamais d'evergreen : c'est le conseiller qui éduque, avantages et risques. Et les fonds à appels de fonds restent majoritaires dans les allocations du multi-family office, car tous les bons gérants n'ont pas lancé d'evergreen : l'univers des fonds fermés reste beaucoup plus large.
À appliquer : positionnez l'evergreen comme porte d'entrée dans les actifs privés pour les patrimoines de 100 000 à 4 millions d'euros. Au-delà, mixez avec des fonds fermés pour diversifier les gérants.
La check-list de sélection des deux experts
Côté opérateur, Olivier Herbout retient trois points : l'équipe de gestion, avec une vraie expérience des marchés liquides, car gérer la liquidité est le nerf de la guerre du format ; la sélection des sous-jacents, ces véhicules étant essentiellement des fonds de fonds ; le track record face aux objectifs annoncés. Chez Valhyr, l'entonnoir passe de 3 000 à 300 fonds par un premier tri automatisé sur la data, puis 4 à 8 fonds sélectionnés par an, pour viser 40 à 50 lignes en régime permanent. En 2025, la poche dette privée est allée chez Goldman Sachs Asset Management et Blackstone, 100 % Europe.
Côté allocataire, Arnaud Perrier ajoute l'analyse de l'actif : quelle stratégie précisément (primaire, secondaire, co-investissement, dette senior ou tactique), quelle capacité réelle de déploiement du gérant, et quelle valeur reste à créer dans le portefeuille existant. Car un evergreen n'est pas un blind pool : le portefeuille se regarde avant de souscrire.
À tester : demandez au gérant sa capacité maximale de déploiement par trimestre et comparez-la à sa collecte. S'il lève plus qu'il ne déploie, passez votre chemin.
En fin de live : les produits structurés s'organisent
Dernier segment avec Valentin Bocqueret, fondateur de Finaval Conseil, courtier qui distribue 2,4 milliards d'euros de produits structurés par an. Il est venu présenter France Produits Structurés : dix distributeurs réunis autour de la pédagogie, de la donnée de marché et d'une charte de bonne conduite, sur un marché d'environ 70 milliards d'euros de collecte annuelle. L'intégralité des échanges est disponible dans le replay du live (accès membres).
Ce qu'il faut retenir
L'evergreen n'est pas un produit miracle, c'est un format de distribution : investi à 85 % dès le premier jour, lisible, sans appels de fonds. Comparez toujours en performance annualisée, jamais un TRI contre un objectif annualisé. La semi-liquidité est conditionnelle : gates possibles, à expliquer avant la souscription. Dosez entre 0 et 20 % du patrimoine, et gardez les fonds fermés pour élargir l'univers de gérants. Enfin, appliquez à un evergreen le même niveau d'exigence qu'à un fonds fermé : équipe, liquidité, actif et passif.
Next Gen Patrimoine - 4ème édition
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