Produits structurés : Stellantis, pression AMF et le grand tri du marché 2026
Stellantis a mis un coup de projecteur brutal sur les décréments, pendant que l'AMF et l'ACPR resserrent la vis sur la distribution des produits structurés. Ce que les CGP et family offices doivent retenir du live Next Gen Patrimoine avec Tetra Capital et BlackPearl Family Office.

2,5 milliards d'euros collectés en 2023 et 2024 sur des produits adossés à Stellantis, une action qui perd 70 % en deux ans : le titre automobile vient d'offrir aux produits structurés leur pire publicité depuis des années. Et le 22 juin, l'AMF et l'ACPR publiaient leur analyse commune du secteur, après la cartographie AMF de 2025.
Beaucoup d'actualité pour une classe d'actifs qui a collecté environ 66 milliards d'euros en 2025 et dépasse les 100 milliards d'encours en France. Pour en parler sans langue de bois, le live Next Gen Patrimoine du 30 juin réunissait Benjamin Cazenave, fondateur du courtier spécialisé Tetra Capital après quinze ans en banque d'investissement, et Ali Cherradi, fondateur de BlackPearl Family Office et ancien banquier privé des très grands clients de Société Générale. Les membres peuvent revoir le replay du live.
Stellantis : ce que le crash dit vraiment des « protections »
Le mécanisme au centre de la polémique s'appelle le décrément. Quand un trader construit un autocall, il conserve les dividendes du sous-jacent : c'est une partie de sa matière première. Or personne ne sait combien de temps vivra un produit dont la maturité peut courir sur 10 ou 12 ans, ni ce que verseront les dividendes à cet horizon. La réponse des salles de marché : figer le dividende, par exemple à 50 points, retranchés de l'indice quels que soient les dividendes réellement versés.
Si le sous-jacent ne verse que 30 points de dividendes réels et qu'on en retranche 50, l'indice décrément perd structurellement 20 points face à son cousin sans décrément. Sur un panier de 50 valeurs, une coupe simultanée de tous les dividendes n'arrive quasiment jamais. Sur un titre unique, elle se voit immédiatement. C'est le scénario Stellantis.
Benjamin Cazenave prend le contre-pied des gros titres : acheter l'action au moment où les produits ont été strikés aurait fait perdre presque autant. Le décrément alourdit la perte, mais le cœur du problème reste le choix d'un sous-jacent qui a perdu 70 % en deux ans. Tetra Capital n'a traité aucun décrément Stellantis, et son fondateur refuse d'en faire un argument commercial : en place plus tôt, il en aurait sans doute fait aussi.
Le décrément n'est pas le scandale, son usage peut l'être
Le trader qui vend un sous-jacent décrément dort mieux, couvre moins de risques et peut rendre de la valeur dans le prix. Toute la question est de savoir où va ce surplus. Tout en upfront : suicidaire. Tout en coupon : tape-à-l'œil. La bonne pratique : en loger l'essentiel dans la protection du client, barrières plus basses, rappels dégressifs, best strike.
Chez Ali Cherradi, environ la moitié des encours en produits structurés est positionnée en décrément, en toute sérénité : la surperformance captée est redistribuée entre protection et points de coupon. Avant même la structure, il rappelle la hiérarchie des questions : part d'actifs risqués dans le patrimoine, part des structurés, diversification par zones, indices et formats de distribution.
À appliquer : face à un décrément, demandez noir sur blanc où est réinjectée la valeur. Deux points de coupon en plus contre 20 à 25 points de barrière supplémentaires, c'est un échange qui protège le client.
AMF et ACPR : la pression monte sur la distribution
Le rapport commun du 22 juin épingle notamment les frais : sur 51 produits étudiés, l'un affiche jusqu'à 13 %. Le chiffre mérite d'être décomposé. D'un côté, les frais de distribution, répartis entre salle des marchés, assureur, courtier et CGP. De l'autre, des coûts de construction rarement expliqués : le trader provisionne, par exemple 5 %, pour couvrir sa position tous les jours pendant la vie du produit. Rappel rapide, la banque gagne ; produit qui dure dix ans dans un marché volatil, elle peut perdre. Comme dans un programme immobilier, une partie des frais sert simplement à acheter le ciment.
Sur le durcissement réglementaire, les deux invités ne jouent pas les victimes. Avec des allocations qui atteignent régulièrement 20 % de produits structurés chez certains clients, une régulation renforcée leur paraît logique, et même favorable aux acteurs qui documentent sérieusement adéquation et transparence.
À appliquer : présentez systématiquement coûts et frais en euros et en pourcentage dans le rapport d'adéquation. C'est déjà le standard des family offices, ce sera demain celui du régulateur.
Valorisations : un capital garanti peut afficher moins 15
Autre incompréhension classique traitée en direct : des produits à capital garanti dont la valeur liquidative chute. Un produit structuré reste une obligation structurée : quand les taux montent, la valorisation baisse, indépendamment du risque de crédit, et la garantie ne vaut qu'à maturité. S'y ajoute le comportement parfois erratique des options qui composent la structure.
À tester : avant toute souscription en capital garanti, vérifiez que le client conserve une poche liquide à côté. Besoin des fonds au pied levé égale risque de sortir sur une valeur négative.
Q1 2026 : un marché qui fait le tri
Derrière la polémique, le marché se professionnalise. Il y a dix ans, 80 % de l'offre venait de produits de gamme sur étagère ; la proportion s'est inversée, avec environ 80 % de produits dédiés aujourd'hui. Les appels d'offres sont devenus décisifs : l'écart entre la meilleure et la moins bonne banque, de l'ordre de 1 % de coupon il y a quelques années, peut atteindre 4 à 5 % sur certains sous-jacents. Des produits sur mesure s'émettent dès 300 000 à 500 000 euros, et Tetra Capital en a lancé 200 pour sa seule première année.
La montée en compétences suit : 200 CGP formés depuis janvier chez le seul courtier, des conseillers qui savent précisément ce qu'ils veulent en rappel, en barrière ou en best strike. Le message des invités est le même : formez-vous, respectez la chaîne de valeur, et méfiez-vous de quiconque prétend prédire les taux ou le point bas d'une action.
Ce qu'il faut retenir
- Stellantis a perdu 70 % en deux ans : le décrément a alourdi la facture, mais le premier problème reste le choix du sous-jacent, surtout sur titre unique.
- Un décrément se juge à l'endroit où la valeur est réinjectée : exigez qu'elle finance la protection, pas seulement le coupon.
- Le rapport AMF ACPR du 22 juin met les frais sous surveillance : distinguez frais de distribution et coûts de construction, affichez tout en euros.
- Capital garanti ne veut pas dire valorisation stable : la garantie vaut à maturité, gardez une poche liquide.
- Le marché bascule vers le sur-mesure : 80 % de produits dédiés, tickets dès 300 à 500 K euros, appels d'offres et formation font la différence.
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