Fonds de private equity : la méthode de notation de Private Equity Valley
Retour d'IPEM, fonds evergreen ELTIF 2.0 et grille de notation sur 500 points : Stéphane Molère et Thélo Blanchet détaillent leur méthode d'évaluation des fonds non cotés. Un mode d'emploi concret pour les CGP et family offices.

Le 10 février, le live du mardi de Next Gen Patrimoine recevait Stéphane Molère, président de Private Equity Valley, et Thélo Blanchet, spécialiste private equity du cabinet. Sujet : comment évaluer un fonds de private equity comme le ferait un fonds de fonds, avec une grille de notation publique.
La démocratisation est faite, l'accès n'est plus le sujet : le vrai enjeu de 2026, c'est la sélection. Sur les marchés cotés, l'écart entre deux gérants se joue à 3 ou 4 %. Sur le non coté, deux fonds comparables peuvent faire 0 % de TRI pour l'un et 20 % par an pour l'autre.
Voici la méthode présentée pendant le live, et ce que vous pouvez en tirer pour votre cabinet. Les membres peuvent revoir le replay du live.
La retailisation en trois vagues
Stéphane Molère résume quinze ans d'histoire. Première vague : les feeders des banques privées, UBS en tête, avec un ticket d'entrée autour d'un million d'euros. Pour diversifier, il fallait donc 10 à 15 millions à déployer.
Deuxième vague, vers 2021 : Altaroc côté growth et LBO, Cedrus and Partners côté allocation en private assets, ouvrent des fonds à 100 000 euros. D'autres acteurs suivent, avec tout un écosystème de distributeurs et de médias spécialisés. Mais l'ensemble lève environ 2 milliards d'euros par an, à comparer aux 2 000 milliards logés dans les seuls contrats d'assurance vie français. Et le modèle s'essouffle : Private Equity Valley a levé 8 millions la première année auprès de ses clients, 5 la deuxième, 3 la troisième. Saturation.
ELTIF 2.0 : le private equity 2.0
À l'IPEM, où environ 200 CGP et family offices étaient présents cette année, Stéphane Molère a vu basculer l'industrie. Le label ELTIF 2.0 permet de créer non plus des fonds de fonds ou des feeders, mais des fonds de co-investissement aux côtés des fonds maîtres, sans étage de gestion supplémentaire, donc avec moins de frais empilés.
Structure evergreen, horizons de 3 à 5 ans au lieu de 10, fenêtres de liquidité définies, tickets à 10 000 euros (parfois 30 000 ou 50 000). Ces fonds sont référencés dans les contrats d'assurance vie français, accessibles en compte-titres et faciles à référencer au Luxembourg. Les chiffres valident le mouvement : BlackRock et Goldman Sachs lèvent 600 et 800 millions d'euros sur des fonds qui ont moins d'un an, la moitié de ce que la profession levait en une année.
À appliquer : avant de proposer un fonds non coté, vérifiez son format (feeder, fonds de fonds, ELTIF 2.0 evergreen), son référencement assurance vie et son ticket réel. Frais et gestion du passif ne se comparent pas d'un format à l'autre.
La liquidité : parler vrai au client
Ces fonds semi-liquides peuvent-ils connaître le scénario des SCPI ? Réponse sans détour : le risque existe, il est réel. Un ELTIF 2.0 doit conserver 20 % de liquidité et sert en général 5 % par trimestre. En fonctionnement normal, on sort. En contraction de marché, le fonds peut devenir totalement illiquide, parfois plusieurs années.
La formule de Stéphane Molère : le problème n'est pas le risque que l'on prend, c'est la façon dont il a été décrit au client. D'autant que le private equity au sens strict a fait zéro de performance depuis trois ans.
À appliquer : présentez ces véhicules comme semi-liquides à horizon long, en documentant les fenêtres de sortie et le scénario de blocage.
La grille de notation : sept familles de critères, une note sur 500
Thélo Blanchet a détaillé le scoring maison, né d'un constat : l'offre est devenue pléthorique et presque personne ne sait dire quel fonds se compare à quel autre. L'idée : appliquer les KPI des institutionnels et des fonds de fonds à tous les véhicules retail. Concrètement, des critères répartis en sept familles pondérées (le total des pondérations fait 100), chaque critère noté de 0 à 10, soit une note sur 1 000 divisée par deux : une note finale sur 500.
- Performances cibles : ce que le fonds promet.
- Historique des fonds maîtres : taux de perte moyens, écart type des multiples entre millésimes. Ce qui est jugé, c'est la répétabilité de la performance.
- Risques et profil : taille cible au lancement contre taille réellement collectée (un fonds qui continue de collecter bien au-delà de son enveloppe n'est pas un bon signe), diversification géographique, sectorielle et par stratégie (primaire, dette, secondaire).
- Équipes de gestion : nombre de seniors, part des profils à plus de dix ans d'expérience, expérience des équipes de sélection.
- Alignement d'intérêts : la moyenne du marché se situe entre 1 et 2 % d'engagement du gérant, certains vont bien au-delà.
- Millésimes : combien de générations la stratégie a-t-elle déjà traversées.
- Liquidité, ESG et fiscalité : rythme des appels de fonds (100 % en une fois, sur deux ans, sur cinq ans), part du capital appelé réellement au travail, avantages fiscaux éventuels.
À tester : reprenez ces sept familles en check-list lors de votre prochaine due diligence. Et retenez que dans ce scoring, une information refusée pénalise la note : un fonds qui ne répond pas vous a déjà répondu.
Un outil public, en mise à jour continue
La méthodologie complète, une trentaine de pages, est publiée sur le site de Private Equity Valley, avec la note finale de chaque fonds, une rosace des points forts et un commentaire d'expert. Seul le détail chiffré de la note reste payant, vendu aux institutionnels et aux multi-family offices.
Le travail ne s'arrête jamais : les fonds fermés sont obsolètes au bout d'un an, et aucun des fonds notés il y a un an ne figure encore dans la sélection actuelle.
À appliquer : vous ne pouvez pas être expert en tout. Appuyez-vous sur une notation externe pour objectiver vos choix, et gardez le rôle de chef d'orchestre face au client.
Ce qu'il faut retenir
- Le sujet de 2026 n'est plus l'accès au private equity mais la sélection : la dispersion va de 0 à 20 % de TRI annuel entre fonds comparables.
- L'ELTIF 2.0 change le format : co-investissement evergreen, tickets à 10 000 euros, référencement en assurance vie, horizons de 3 à 5 ans.
- La liquidité est conditionnelle : 20 % de poche liquide, 5 % par trimestre, mais blocage possible en contraction de marché. Dites-le avant, pas après.
- Une bonne due diligence tient en sept familles de critères : performances cibles, historique, risques et profil, équipes, alignement d'intérêts, millésimes, liquidité.
- La notation de Private Equity Valley est publique et mise à jour en continu : un point de départ gratuit pour objectiver vos allocations.
Next Gen Patrimoine - 4ème édition
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